Nuage sans bon usage n’est que mauvais présage

Xavier Poisson, Vice-Président Worldwide Service Provider business and Cloud 28 + chez HPE

Le 10 mai est déjà loin à l’heure où j’assemble ces mots, et c’est à cette date que l’Union européenne a dépensé en 2019 l’ensemble des ressources que nous pouvons régénérer en une année sur ce territoire. Projetée à l’échelle mondiale, le mois de juillet 2019 sera la date à partir de laquelle l’empreinte écologique dépasse la biocapacité de la planète. L’empreinte écologique caractérise la surface de la Terre utilisée par l’Homme pour pêcher, élever, cultiver, déboiser, construire et brûler des énergies fossiles. La biocapacité, quant à elle, représente la surface de la planète nécessaire pour faire face à ces pressions. Nous vivons donc depuis un mois à crédit et faisons supporter à d’autres nations et peuples un usage effréné de nos ressources.

L’explosion exponentielle des données et la mise à disposition sans limite de ressources informatiques via les technologies de cloud computing peuvent contribuer à améliorer cette situation en permettant d’analyser les causes et prévenir la population des risques encourus par une telle frénésie de consommation. Ces mêmes technologies de l’Informatique et des données contribuent en parallèle à un épuisement continu des ressources, et ce phénomène est loin d’être compris, faute tout simplement d’être connu. Quelques chiffres simples permettent de l’appréhender simplement :

  • L’un des scenarii avancés par Anders Andrae dans la revue Nature fin 2018 prévoit que les technologies de l’informatique et des télécommunications (ICT) représenteront 21% de la demande mondiale en électricité en 2030.
  • La consommation en eau des centres de données aux Etats Unis en 2020 pourrait représenter 660 milliards de litres d’eau (US Department of Energy’s Lawrence Berkeley National Laboratory), elle représentait déjà en 2014 plus de 626 milliards de litres d’eau sur une planète qui a déjà trop soif.
  • Le taux de croissance annuel moyen de la demande en terres rares entre 2018 et 2025 a été évalué à 8,5% par an (Roskill).

En tant qu’acteur responsable de l’IT, Hewlett-Packard Entreprise (HPE) propose plusieurs programmes concrets pour agir et prévenir cette surconsommation des ressources liées à l’utilisation des technologies de l’information et le cloud computing :

Éviter le suréquipement en matériels informatiques

La première règle pour limiter la consommation des ressources est de simplement extraire moins de ressources. Cela s’applique également aux infrastructures informatiques. Le surdimensionnement des ressources en serveurs, stockage ou réseau mis sous tension doit et peut être réduit considérablement. Il faut pour cela mettre en place des mécanismes de métrologie précis qui surveillent l’utilisation des ressources, allouent et retirent dynamiquement des ensembles de ressources et anticipent des pics d’usage pour les prévenir et y répondre. Le tout en permettant aux entreprises un paiement de leurs ressources informatiques à l’usage, pour ce qu’ils consomment réellement. Une étude de Forrester a mis en évidence en mai 2018 que HPE GreenLake permettait d’éviter jusque 30% des coûts de sur investissement en ressources informatiques. L’offre HPE GreenLake est disponible pour les clients finaux comme pour les fournisseurs de services cloud. De plus en plus de clients utilisent cette offre sur le marché national.

Recycler ses matériels informatiques

La seconde règle consiste à appliquer aux équipements informatiques ce qui peut être appliqué à d’autres domaines : la seconde vie et la réutilisation. HPE est un réel pionnier de l’économie circulaire appliquée aux infrastructures de l’informatique et des télécommunications et a mis en place une offre de rachat d’équipements informatiques et réseaux qui peut être sollicitée par tous . Ne plus jeter, donner une seconde vie à des équipements qui, une fois reconditionnés dans nos usines spécialisées en la matière, pourront satisfaire une part substantielle des besoins en équipements informatiques au niveau mondial. Nous avons racheté et traité l’année dernière plus de 4 millions d’unités informatiques dans nos centres spécialisés. 89% des composants traités ont donné lieu à de nouvelles unités reconditionnées que nous avons revendues, et seulement 11% des composants rachetés ont fait l’objet d’un processus de recyclage classique. Ce service est bien entendu disponible en France.

Optimiser la consommation en énergies des composants

La recherche fondamentale est aussi de la partie dans la vision que HPE développe pour une consommation raisonnable des ressources informatiques. Quatre piliers du programme que nous menons en la matière méritent d’être évoqués :

  • Le « Memory-Driven Computing » d’HPE, qui met la mémoire, et non plus les processeurs –qui consomment beaucoup d’énergie– au centre des plateformes de calcul. Le projet « The Machine », par exemple, utilisera 1% de l’énergie nécessaire aujourd’hui pour exécuter un calcul, tout en permettant de procéder à des calculs complexes tels que ceux utilisés dans les sciences du climat, de la recherche médicale, comme de l’intelligence artificielle.
  • Les mémoires non volatiles (NVM): les nouvelles technologies de mémoires telles que les RAM magnéto résistives RAM (MRAM) ne consomment pas d’énergie au repos et sont beaucoup plus efficaces en énergie que les RAM dynamiques RAM (DRAM), qui sont aujourd’hui les plus utilisées en informatique. Les DRAM sont volatiles et vulnérables aux interruptions de courant, donc doivent être alimentées de façon régulière en électricité afin de conserver et sécuriser les informations qu’elles contiennent. Les MRAM, elles, ne sont pas volatiles, et permettent donc sans problèmes des interruptions d’alimentation électrique.
  • La photonique : Il s’agit ici d’utiliser des photons et non pas des liens électriques pour transmettre les signaux à l’intérieur d’un ordinateur entre ses différents composants. Cette technologie utilise des micro-lasers qui permettent d’envoyer des centaines de fois plus de données comparé à ce qui était réalisé jusqu’à ce jour sur une fibre optique qui relie les composants. Cela permet d’éviter d’utiliser les traditionnelles liaisons inter composants en cuivre, et également d’économiser une grande partie de l’énergie utilisée dans les ordinateurs traditionnels pour les faire fonctionner comme pour les refroidir.
  • Gen-Z: HPE est également un membre important de ce nouvel écosystème ouvert qui vise à créer de nouveaux types d’ordinateurs permettant d’accroître de manière indépendante les unes des autres les ressources mémoire et processeurs en fonction des applications, et sans contrainte d’architecture. Alors que jusque-là il fallait multiplier les processeurs de telle manière à permettre d’étendre les capacités de mémoire, Gen-Z permettra de s’affranchir de cette contrainte, et donc de minimiser non seulement le nombre des composants, mais aussi la consommation en énergie de l’ensemble.

Un écosystème et une plateforme digitale pour mettre en avant les technologies et les acteurs responsables de l’ICT

De nombreux partenaires HPE se sont engagés dans la fourniture de services de cloud écoresponsables, comme de technologies permettant de construire des infrastructures de cloud qui prendront en compte cette dimension. L’un des enjeux de l’écosystème et de la plateforme digitale Cloud28+ est, d’une part, de permettre aux clients de mieux comprendre le marché et de qualifier l’engagement de leurs fournisseurs dans cette démarche de préservation des ressources, d’autre part de permettre à nos différents partenaires de conjuguer leurs forces pour offrir au marché des solutions qui préserveront les ressources de notre planète.

Que nous soyons des fournisseurs de services cloud, des sociétés de technologie, des utilisateurs de ces produits et services, nous n’avons plus le temps. Ce que nous choisirons de créer, d’offrir ou de consommer, et comment nous le ferons, aura un impact sur les générations à venir. Il ne tient qu’à nous d’agir pour effacer ensemble un mauvais présage.

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